Moriarty : le chien des d’urberville

Moriarty : le chien des d’urberville, Kim Newman, Braguelonne, novembre 2015.

4ème de couverture

Imaginez les jumeaux maléfiques de Sherlock Holmes et du docteur Watson, et vous obtiendrez le redoutable duo formé par le professeur James Moriarty, serpent rusé d’une intelligence remarquable aussi cruel qu’imprévisible, et le colonel Moran, violent, libertin et politiquement incorrect. Ensemble, ils règnent sur Londres en maîtres du crime, tenant dans leur poing police et hors-la-loi.

Quelle que soit leur mission, du meurtre au cambriolage de haut vol, Moriarty et Moran accueillent un flot de visiteurs malfaisants : membres du Si-Fan assoiffés de sang, Vampires de Paris, et même une certaine Irène Adler…

Avis (avec des spoils dedans)

Plaisant, surprenant, un univers miroir à celui de Sherlock Holmes à visiter.

Kim Newman (que je découvre) est un fan et un érudit. Il maitrise sur le bout des ongles la littérature populaire d’aventure, d’espionnage et policière de la fin du XIXème et du début du XXème siècle : les objets maudits, les sociétés secrètes (Fu-Manchu de Sax Rohmer, par exemple), la science mystérieuse et inquiétante, les ruelles de Londres, ses quartiers malfamés…et bien sûr l’œuvre de Conan Doyle.

Il est excellent dans cet exercice de « pot-pourri » littéraire, et c’est un vrai plaisir !

L’originalité réside dans le choix du personnage principal : le colonel Moran, véritable double maléfique du Docteur Watson, qui prend la voix du narrateur.

Le livre commence par une préface (fausse) qui nous informe que le manuscrit de Moran vient d’être découvert et qu’il jette un éclairage nouveau sur celui que l’on a nommé le « Napoléon du Crime ». Dans les faits, Moran retrace surtout son histoire personnel – en faits toute une série d’histoires, qui couvrent son embauche au service de Moriarty, jusqu’à la mort de son maitre, c’est-à-dire jusqu’aux chutes du Reichenbach

Pour mémoire (la mienne) : Le livre fait plus ou moins l’impasse sur la dualité Scherlock – Moriarty et préfère se concentrer sur le professeur. D’ailleurs, Moran n’hésite pas à affirmer que Watson a largement abusé de cette rivalité. La plupart du temps, dit-il, sans jamais le nommer, Moriarty n’avait que faire de ce grand échalas. Sauf à la fin évidemment… Le duel, la chute… On connait l’histoire.

On découvre également que le professeur était aussi dangereux et brillant dans son activité criminelle que dans ses activités officielles, celle d’astronome et de mathématicien, puisqu’il éliminait sans vergogne ses détracteurs. L’on apprend sa passion pour les guêpes, Sherlock s’intéressant pour sa part aux abeilles. Et que son lieu de résidence, son 221 bis Baker Street à lui, était un appartement situé au-dessus d’un bordel sur lequel il régnait en maitre. Et bien sûr, comme Sherlock, toutes ses femmes le laissaient de marbre – ce qui faisait les affaires de Moran le pourfendeur, son second et notre narrateur qui profitait allégrement des ressources locales.

On y apprend, enfin, que Moriarty avait trois frères – un plus jeune et un plus vieux – et qu’ils se chamaillent au moins autant que Mycroft et Scherlock H.

Le plus âgé occupait un poste clé au gouvernement (tout comme Mycroft Holmes qu’il connaissait), il s’occupait de l’armement, et le dernier n’était qu’un modeste chef de gare, bien qu’il soit certainement aussi intelligent que ses deux ainés.

Mais surtout, et c’est ça qu’il faut retenir, ils s’appelaient tous les trois James Moriarty !

Pourquoi ? Parce que leur père (James également) avait fait trois enfants, trois garçons, comme trois brouillons de ce qu’il aurait sans doute souhaité être son grand œuvre, sans jamais y parvenir.

Insatisfait, il abandonnait (affectivement) sa première progéniture, pour se consacrer à la seconde qu’il nommait de façon identique comme si la première n’existait plus. La troisième version, le chef de gare, étant peut-être la plus aboutie à moins bien sûr, qu’il n’ait jamais eu l’occasion d’en faire un quatrième.

En tout cas cette pédagogie par l’abandon aura au moins eu le mérite de créer un génie du crime.

 

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