Trois jours et une vie

Pierre Lemaitre, Albin Michel, 2016.

4ÈME DE COUVERTURE

« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmet. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… » — P.L.

Avis / Résumé avec spoils dedans

C’est un bon, un très bon roman qui se lit d’une seule traite. Un roman psychologique mâtiné de roman noir, où l’on prend fait et cause dès les premières pages pour l’assassin. Original.

Un gosse de douze ans en colère (Antoine) tue un gamin de six ans sans le vouloir. Il l’a frappé, sans intention de tuer, mais trop fort… Dommage, sa vie vient de basculer.

Commence alors 48h d’une rare intensité. Le pré-adolescent meurtrier en plein trauma cache le corps dans les profondeurs d’un bois inextricable. A ce moment-là, il n’a pas encore réalisé, tout ça est une farce, un cauchemar, il va faire disparaitre le cadavre comme on glisse la poussière sous un tapis et personne n’y verra rien. Tout va continuer comme avant. Il ne s’est rien passé… Mais déjà sur le chemin du retour, puis quand ses voisins lui demandent s’il n’a pas vu leur fils (la victime), il sait que cela ne va pas se passer comme ça. Peu à peu, il accepte et conscientise les faits (très bien rendu). Puis connait la culpabilité, le regret et les larmes (moins bien). Il est prêt à se rendre, il sait qu’il a perdu une montre sur les lieux du crime ou dans le bois. Il sait qu’on va venir l’arrêter. Ce n’est qu’une question de temps, de toute façon il ne pourra jamais vivre avec un tel fardeau. Et pourtant…. Un déluge miraculeux, des inondations, un déchainement climatique sans précédent bloquent les recherches de la police. Au final, le petit ne sera jamais retrouvé et à mesure que l’enquête piétine, Antoine trouve de moins en moins de bonne raison pour se livrer. Après tout, personne ne le soupçonne.

Peut-on vivre avec le poids d’une faute originelle, comment fait-on pour réapprendre à vivre, comment fait-on pour continuer à avancer avec la peur d’être un jour démasqué ?

Le roman passe sous silence les dix années suivantes. Quand Antoine réapparait, il est étudiant en médecine et presque fiancé. Il a fui Beauval, son village, dès qu’il a pu (on le comprend) et il n’y retourne que pour voir sa mère (le moins possible) toujours sans sa petite amie. Pour lui cet endroit, celui de son enfance, c’est celui qu’il veut oublier. Et avec ses études, sa nouvelle vie, il est en passe d’y parvenir. Tout au moins, le croit-il … Une soirée à laquelle sa mère le pousse à participer va tout bouleverser. Il couche avec une ancienne camarade de classe sur laquelle il fantasmait au collège (excellent personnage : sexy, nympho, stupide –quoique- d’une famille catho tradi). Quelques mois plus tard, elle réapparait dans sa vie pour lui annoncer qu’elle est enceinte… Elle veut qu’il prenne ses responsabilités. Il refuse.

Peu de temps après l’enquête est ré ouverte. Le corps a été retrouvé suite à des travaux et des traces ADN étrangère au garçon ont été découvertes. L’étau se resserre doucement sur Arnaud. La menace parait encore lointaine, mais elle est à sa porte. Le père (Catho tradi) de la jeune femme déshonorée menace Arnaud d’un procès pour reconnaissance en paternité. Il lui rit au nez, puis comprend qu’il est foutu. Un tel procès imposerait un séquençage de son ADN…

Arnaud va revenir à Beauval, il va rompre avec la femme qu’il aimait (personnage que nous n’aurons « vu » qu’au téléphone, ou par courrier – à sa lettre de rupture, elle répond simplement « d’accord » – situation qu’on retrouve dans Au revoir là-haut), épouser la jeune nympho sexy (il y a pire comme châtiment – quoiqu’elle soit tout de même très infidèle) et devenir le nouveau médecin du village. Au passage, il prend la place d’une des seules personnes qui l’ait soupçonné et apprend que le seul suspect de l’époque (qui avait été relâché) n’était autre que l’amant de sa mère. Il n’avait pas voulu donner son emploi du temps à la gendarmerie pour préserver l’honneur de sa mère. Pis, il avait même trouvé la montre perdue dans les bois et avait compris qu’Arnaud était impliqué. Il n’avait jamais rien dit…

Un roman amoral donc, sur la culpabilité et la résilience. Et sans doute sur le droit des enfants à l’erreur. Très bon.

Je retiens surtout l’ambiance étriquée, triste et pesante du village et de ses habitants sans ambitions, qu’on imagine très bien dans l’imaginaire d’un adolescent ou d’un jeune homme. Et le personnage de la mère qui est excellente dans son aveuglement à ne pas savoir, dans sa volonté de préserver les apparences, et de sauver les meubles. Les scènes d’enfances sont justes… Et puis l’écriture bien sûr : fluide, précise et rythmée.

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